30 octobre 2007
I've no control anymore.
When you’re looking at life in a strange new room, maybe drowning soon ...
Le 18 mai 1980, Ian Curtis, leader du groupe Joy division, met fin à sa vie à l’age de 23 ans.
Premier long métrage du réalisateur Anton Corbijn, « Control » rend un hommage émouvant à ce jeune homme qui se suicidera en laissant derrière lui une brillante carrière inachevée et une famille qu’il a aimé sans pouvoir l’assumer.
Joy division se forme autour de son chanteur en 1977 à Manchester ; d’abord appelé Warsaw en hommage à David Bowie, le groupe est rebaptisé en 1978. Il se fait connaître sur scène dans de petites salles avant de se produire à la télé sur une chaîne locale dans l’émission de Tony Wilson, qui deviendra un grand supporter pour le groupe en lui offrant un contrat avec sa maison de disque « Factory Records Ltd ».
S’en suit une accélération assez considérable de la carrière de Joy division : en deux ans, il réalise plusieurs tournées, jusqu’en Europe, et acquiers une renommée mondiale. La mort de Ian interromps cette ascension à la veille d’une tournée aux USA.
Joy division est reconnu aujourd’hui comme le groupe précurseur du mouvement « New wave » ou « Cold Wave » et reste très populaire grâce à sa musique atypique, qui sera souvent imité.
Néanmoins, le film d’Anton Corbijn n’est pas un film de « fan » uniquement destiné aux grands amateurs du genre, ni un clip d’une heure trente. C’est une œuvre à dimension très humaines, inspirée du livre écrit par la veuve de Ian, qui décrit un homme bien loin des stéréotype du chanteur de Rock. Coincé entre la famille qu’il a fondé avec son amour adolescent, son travail dans la fonction public, le succès foudroyant du groupe, son aventure avec une journaliste Belge et ses crises d’épilepsies de plus en plus fréquentes, c’est un fort sentiment de culpabilité et son incapacité à revenir en arrière, quand « tout était plus simple », qui pousseront Ian Curtis à mettre fin à ses jours pour ne pas avoir à choisir entre sa famille et son amour.
Le film se place du point de vue de Ian et le scénario est soutenu par un jeu d’acteur assez bluffant de la part de Sam Riley et de son groupe, qui entrent dans la peau de Joy Division jusque sur scène.
La bande originale est absolument superbe (off course, c’est du Joy Division, New Order(groupe formé par les anciens membres de JD), David Bowie, Iggy Pop, Velvet Undergroung ou the Killers) et accompagne magnifiquement les images d’Anton Corbjin. C’est là qu’on ressent la formation de photographe du réalisateur : chaque plan est très travaillé, l’éclairage et le choix du noir et blanc subliment l’image et accompagnent magnifiquement bien l’ambiance du film. Pour être sincère, ça faisait longtemps que je n’avais pas vu quelque chose d’aussi bien filmé et, bien que je ne sois pas franchement très calée en matière de prise de vue, j’ai été soufflée par la force de chaque plan et par la maîtrise de la camera.
Pour finir, Control, c’est mon coup de cœur du moment, et si vous le trouvez encore en salle quelque part, je vous conseil de vous jeter dessus avidement.
GB
24 novembre 2006
Mala Noche de Gus Van Sant
[Note préalable: cet article est repris du précédent pavillon des fous, et originellement daté du 6 novembre 2006]
Il y a quelques semaines sortait, inédit en France, le premier long métrage de Gus Van Sant, Mala Noche. Et je ne saurai trop vous recommander d’aller le voir : sorte d’ovni bizarroïde, revendiqué d’art et d’essai, Mala Noche est à découvrir pour ceux qui aiment son réalisateur, mais aussi pour ceux qui n’ont pas forcément aimé Last Days mais ont apprécié Elephant ou Gerry. Ici, le film assez court ramasse une intrigue qui se suit aisément, juste travaillée d’un jeu sur le noir et blanc assez étonnant.
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t'as de beaux yeux tu sais...
Amants, heureux amants…
Tourné en 1985 avec un budget ridicule, ce film relate la passion de Walt, un jeune homme tenant un drugstore, pour Johnny, un immigré mexicain clandestin, âgé de moins de 18 ans. Johnny, accompagné de son ami Roberto, accepte en partie les avances de Walt, en échange d’argent et de ballades, mais se refuse systématiquement à lui. Il se venge de ce désir homosexuel qui lui fournit de quoi manger mais qu’il ne supporte pas par des brimades, vexations et moqueries à l’égard de Walt. L’intigue avance donc de manière assez simple, opposant un désir à une misère. Mais il est rendu très subtile par les écarts qui le caractérisent. D’abord il s’agit là d’une passion homosexuelle, et ce thème qui peut sembler banal aujourd’hui l’était beaucoup moins en 1985, au moment où le Sida, émergeant, était de surcroît directement associé à l’homosexualité. De plus le tabou de l’homosexualité n’est pas montrer à travers le prisme simpliste de l’homophobie, mais par une sorte de machisme qui concernerait l’homosexualité, une honte à l’égard du désir homosexuelle, un déni qui s’apparente dans le cours de l’intrigue à un refoulement. D’autre part devant le schéma de monter du désir du fait du refus de l’objet désiré, le personnage de Roberto, tiers témoin, devient figure de substitution. Le désir de Walt, idéalisé dans la personne de Johnny, va trouver une incarnation possible dans celle de Roberto. Un déplacement se produit donc qui contamine le film même : Johnny de plus en plus mythique et intouchable s’échappe du film quand Roberto se fait peu à peu matière de l’image, moteur narratif, et corps aimé pour Walt. La mécanique du désir, de l’écart entre le fantasme et la réalité vient donc joliment donner une profondeur à une intrigue à première vue banale et linéaire. Un couple si construit autour d’un absent qui permet au fantasme de continuer d’exister et de fonctionner.
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D'un amour l'autre
Beauté, mon beau souci…
Mais Mala Noche n’est pas seulement une jolie histoire bien agencée, et intelligente. C’est aussi une image utilisée avec une certaine « radicalité ». Le début du film est franchement déroutant. Le Noir et Blanc domine tout le film hormis une séquence au milieu qui coupe l’intrigue en deux et présente des pseudo images tournées par les personnages (ré-exploitées d’une autre manière à la fin du film, dans le générique, les personnages se fondant alors avec les comédiens…). Mais le contraste entre blanc et noir au début est très violent : les silhouettes se découpent difficilement, le point n’est pas toujours fait, et c’est à la voix, ou plutôt grâce à la narration de Walt que le spectateur e repère dans ce méandre visuel. Nous sommes guidés au son dans une image qui nous échappe au premier abord. Mais il ne s’agit là que d’un temps d’adaptation, soit que l’œil s’habitue, soit que le film mette là en scène précisément ce temps nécessaire à la vue pour s’habituer à un nouvel environnement, à une nouvelle ténèbre. Le film parait nous indiquer d’emblée qu’il compte nous amener ailleurs, nous faire découvrir de nouveaux lieux de la pensée et de la représentation. Nous allons voir autre chose et autrement. Le reste du film exploite magnifiquement cette image monochrome. Passé ce temps chaotique les plans jouent habilement des effets de lumière et d’obscurité, des scènes de nuits éclairées aux néons et des extérieurs de jours où l’ombre se fait rare. L’apparition de la couleur devient bien alors une sorte de déchéance de l’image, la manifestation d’un état brut de la nature, mais qui manque toute nuance, tout contraste, tout questionnement. Là encore le procédé est simple, et n’est pas trop appuyé. Mala Noche est bien un premier film : Gus Van Sant essaie des choses, mais il a le souci de conduire ses choix de mises en scène à faire sens ensemble sans entraver la progression narrative. Sa dimension élaborée reste somme toute assez discrète, autant sur la forme que sur le fond.
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Mon plus secret conseil…
Enfin, ce qui m’a terriblement intéressé dans ce film est la manière dont il s’inscrit dans une œuvre qu’il amorce en fait, et combien il l’éclaire de manière fulgurante. Je ne vais pas rentrer dans les détails (rien que Gerry, premier volet de la dernière trilogie, film qui m’a révélé Gus Van Sant, m’apparaît très différemment depuis Mala Noche), mais je ne prendrai comme exemple que son tout dernier travail sorti en France, son court métrage pour Paris je t’aime, sur le Marais. Le parallèle entre ces quelques minutes et son premier film est frappant. La structure narrative est la même. Un jeune homme s’éprend d’un autre qu’il rencontre par hasard. Il lui fait part immédiatement de son désir. Mais l’autre est un étranger qui ne comprend pas un traître mot du discours de l’homme épris, ne saisissant finalement que la puissance de ce désir. Cet objet du désir paraît vouloir s’y dérober, et il est en outre en position sociale d’infériorité par rapport à celui qui désire. Le schéma est bien grossièrement le même, et cela montre comment un motif peut travailler sans relâche un auteur. Il se donne là à lire explicitement, mais sa répétition même doit nous indiquer qu’il est à retrouver sûrement en d’autres lieux de l’œuvre, sous des formes diverses, déplacé ou métamorphosé. De même, ce parallèle se donne à voir jusque dans sa dimension la plus visuelle. Le dernier plan de Marais présente la course du jeune étranger, filmé en travelling latéral devant des façades et des vitrines. C’est un plan que l’on retrouve dans Mala Noche, au début me semble-t-il, avec Johnny. Mais l’usage du plan est inverse : Johnny fuit quand le jeune étranger de Marais court rejoindre celui qui le désire. Le parallèle entre les deux, et les écarts qui y apparaissent seraient bien sûr à affiner, à étudier de prêt. Je mentionne juste ici cette similitude qui m’est apparue. Et je garde en outre cette même impression d’évasion mythique par une sortie de l’image concernant Johnny et le jeune étranger de Marais. Peut-être qu’entre 1985 et 2005 Gus Van Sant a simplement changé de position quand à la représentation de ce désir, son idéalisation ou plutôt sa sublimation, passant de la mise en scène d’une fuite subie et que l’on tente de conjurer dans la représentation de cette défaite, à celle d’une fuite suscitée, principe même de l’histoire racontée. La ligne de fuite est précisément très différente d’un film à l’autre : vide et absence irrémédiable, creux autour duquel se construit la narration dans Mala Noche, direction donnée à la trame, perspective posée d’emblée d’un dépassement, d’un hors cadre qui devient le lieu même du fantasme à venir, et non celui d’un fantasme déçu pour Marais.
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Road-movie...
Trois raisons donc d’aller voir Mala Noche :
- une histoire intéressante, engagée d’un point de vue sociétal sans jamais le revendiquer, très subtile dans le maniement des motifs attendus
- une recherche visuelle qui trahit le premier film mais qui s’inscrit dans un propos, et le sert, sans jamais l’aliéner à une démonstration purement esthétique et formelle
- une étape clef pour comprendre une œuvre cinématographique importante en train de se construire depuis 20 ans.
23 novembre 2006
Dans Paris
Malgré sa présentation très remarquée à la quinzaine des réalisateurs de Canne, la dernière réalisation de Christophe Honoré, est passé plutôt inaperçue lors de sa sortie en salle. Un oubli auquel on pouvait s’attendre, puisque cette œuvre partage l’affiche avec des films bien plus médiatisés comme « Indigène » ou «Un crime», et c’est pourtant assez regrettable vu la qualité du long-métrage.

Après une séries d’images classiques de la capitale ; des quais de la scène au métro aérien, en passant par la tour Montparnasse ; le film s’ouvre sur une séquence somme toute assez banale : un homme se réveille, dans un lit qu’il partage avec deux autres personnes, il sort de la chambre en silence, traverse un appartement, passe par un bureau ou sont père s’est endormi sur une chaise, lui confisque le mégot qu’il a au bec et sort sur la terrasse, s’appuyer sur la balustrade.
Jusque là, tout va bien, on est gratifié d’un joli plan de l’immeuble et de l’homme accoudé à son balcon ; image courante quand on se balade dans Paris le matin et qu’on prend la peine de lever le nez sur les façades. On revient sur le personnage, de dos, et on partage sa vue de la capitale ; et puis il se retourne, nous fait face, et il fixe la caméra : rien ne va plus.
Ce regard qui nous rappelle brièvement la présence de l’objectif gomme au même moment toute la distance prise par le spectateur, tranquillement installé dans son fauteuil, par rapport au film : c’est une apostrophe, pas une illusion d’optique, notre narrateur nous le confirme, et on se sent soudain impliqué dans l’histoire qu’il se prépare à raconter et dont il n’est pas le héro.
Il y a des histoires d’amour…
L’histoire d’un homme, de son couple, l’histoire d’une histoire à laquelle il ne croit plus avec une femme qu’il aime encore, l’histoire de leur rencontre, de leur rupture, de leurs joies, de leurs disputes, de leurs envies, de leurs prières, de leurs espoirs.
Leur vie, en bref, et une leur relation complexe et ambiguë qui les lie, où l’on ne sait pas bien s’ils s’aiment toujours ou se haïssent. Elle, c’est Anna (Joana Preiss), mannequin et mère du jeune Loup (Lou Rambert-Preiss) ; lui c’est Paul (Romain Duris), profession indéterminée. Quand ils se séparent, sur le coup d’une nouvelle dispute, d’une nouvelle incompréhension, il remonte sur Paris se réfugier dans l’appartement de son père chez lequel il espère pouvoir s’enterrer tranquillement pendant qu’on l’oubli et qu’il s’occupe de sa tristesse en entrant en dépression.
Il y a des histoires d’un jour…
L’histoire d’un garçon (Louis Garrel) qui devait arriver au Beau marché en 30 minutes et qui mit finalement plus de sept heures pour atteindre son but. Histoire d’un étudiant désinvolte, sur de lui, égoïste, qui en une journée couche avec trois filles différentes pour « raccrocher son frère à la vie ».
Une rencontre sur le périf’, ou il va monter sur son scooter avant de monter chez elle (Helena Noquerra), des retrouvailles anecdotiques (Alice Butaud), un baiser dans une vitrine (Annabelle Hettmann). Trois relations basée sur un personnage parfaitement épanouis et pourtant étonnant d’infidélité, relations qui ne sont pas faites pour durer et auxquelles, cependant, on s’attache parfois un peu trop.
Et des histoires de famille…
L’histoire de deux frères, de deux individus différents, ayant rompu le contact pendant de trop longues années ; et qui pourtant se connaissent encore par cœur. L’histoire de deux garçons qui vivent avec Mirko qui « ne connaît pas les larmes » (Guy marchand), papa poule séparé de sa femme (Marie-France Pisier). Deux garçons ayant perdu leur sœur douze ans auparavant ; deux frangins, deux complices, une proximité qui fait plaisir à voir quand on connaît soi-même les joies de l’amour fraternel ; deux plongeons dans la Seine, une nuit de franchise et deux adultes qui ressemblent de plus en plus à l’adolescent qu’on a tous été un jour.
Une famille éclatée, mais qui reste une famille, qui ressemble étrangement à la notre, avec son lot de tabou, de souvenirs, avec ses disputes et ses réconciliation, avec une devise : « Prend la peine d’ignorer la tristesse des tiens. ».
« Dans paris » n’est certainement pas le film à aller voir en ce moment si vous avez des envies d’engagement ou de message politique, catalogué dans les « comédies dramatiques », il tire de ses jolies prises de vue, de son action un peu minimaliste et de sa très jolie bande son un coté un peu « film d’ambiance » qu’il ne faut pas interpréter comme « vide de sens et/ou de scénario ». L’interprétation des acteurs est très juste, on croit retrouver entre eux les liens d’une vraie famille ; la complicité de vrais frères entre Romaine Duris et Louis Garrel (très drôle dans son rôle) ; les rancunes du vieux couple séparé entre Guy Marchand et Marie-France Pissier ; le lien entre un père et ses fils, plein d’affection, même s’il ne permet pas toujours de se comprendre.
Un film à voir donc, un très bon et très beau moment à passer.
22 novembre 2006
Little Miss Sunshine
[Note préalable: article récupéré de précédent pavillon des fous, et daté originellement du 23 octobre 2006. Jetez un oeil tout de même à l'article derrière sur la page: critique originale des Fragments d'Antonin par Tyranha]
Trop longtemps après sa sortie, et juste avant qu’il ne quitte les salles, quelques mots sur ce film plus qu’étonnant, frais, drôle, émouvant, acide et extrêmement fin. Comme souvent dans les films (ou séries) américains on part du cliché pour explorer la nuance (quand en France, gros malins que nous sommes, on se vautre plus volontiers dans la démarche inverse). Démonstration exemplaire et flamboyante dans ce film, à aller voir de toute urgence avant qu’il ne disparaisse tout à fait des salles obscures, avant de réapparaître misérable chez votre loueur de dvd.
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Superfreaks
D’emblée le générique attrape le spectateur : des images de miss passées en boucle, une gamine fascinée. Puis une musique qui enlève tout ça et qui montre un homme soliloquant sur les statuts de winner et de looser face à une salle désespérément désertée, un ado (en crise, mais c’est un synonyme) en quête de dépassement physique afin de devenir pilote de chasse et retranché depuis 9 mois dans un silence qui se veut un hommage vibrant à Nietzsche, un vieux un peu baba se faisant un rail de coke, et enfin un femme au volant d’une voiture, partie cherché son frère à l’hôpital suite à une tentative manquée de suicide, avant de ramener de quoi nourrir sa petite famille. Les personnages sont plantés immédiatement, chacun confrontés à leurs limites, à leur faiblesse ou névrose que l’on peut autrement, dans un monde moins rigide et dogmatique, nommer passion. Tous se retrouvent pour un dîner qui s’annonce explosif. L’élément perturbateur annoncé étant l’arrivée de Franck après son suicide raté, spécialiste numéro 1 de Proust auto-proclamé, noyé dans une dépression consécutive au départ de son jeune amant avec son rival universitaire. Face à lui, Richard, le père de famille qui voit en son beau-frère un magnifique contre-exemple, vante les mérites de son programme en 9 étapes devant convertir tout looser en winner, seul statut permettant de réussir dans la société américaine. Mais le film se trouve alors immédiatement dérouté par Olive, la fille de la famille. Récemment classée deuxième à un concours locale de miss pour enfant, elle s’entraîne à un numéro sous la direction de son grand-père. Au cours du dîner, la famille apprend que la numéro un doit déclarer forfait pour l’étape régionale en Californie. Le concours est pour le surlendemain, à plus de 1000 kilomètres de distance. Bon gré mal gré, tout le monde embarque dans un van branlant pour rallier le paradis de la beauté prépubère.
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Et un petit dèj' dans la bonne humeur, un!
La madeleine, c’est comme les gaufres, c’est un truc de looser
On se retrouve donc dans un film complètement hybride. A la fois road-movie, huis clos familial, comédie acide, le tout habilement saupoudré d’analyse psychologique et sociale. La succession des scènes censées faire avancer l’action, mettre les personnages aux prises, et rapprocher le van de sa destination sont toutes des trouvailles précieuses, qui sont en même temps comiques, émouvantes et intelligentes. Depuis le van lui-même qui doit passer outre les deux premières vitesses, condamné à être constamment en mouvement sous peine de s’arrêter définitivement, jusqu’ au motif du « color-blinded » qui met en lumière une vision du monde et ses conséquences en jouant à de nombreux niveaux lorsqu’il apparaît, tout fait sens dans l’intrigue, dans le film et dans le modèle social présenté. Le conflit qui est en fait représenté est bien celui de la famille lambda en but avec les exigences d’images et de performances de la société dans laquelle elle vit. Ne pouvant raisonnablement y répondre, mais immergée en son sein, il lui faut développer des stratégies pour y vivre. Soit par la rupture, soit par le fantasme, soit par la dénégation, soit par la fuite, le retrait du système. C’est cela qui constitue le drame du film, drame comique car les procédés de détournement de cette famille sont tous considérés avec une grande tendresse, évitant de sombrer jamais dans le pathétique. C’est une famille d’aspirants winners éliminés de la course avant même de l’avoir entamée, et qui hésitent encore entre s’accrocher aux illusions du modèle ou l’envoyer promener. Le film se construit donc petit à petit comme une célébration non pas de la différence, ce serait grossier pour une narration aussi fine, mais d’une diversité intrinsèque sur laquelle la société ne peut dénier indéfiniment, qui marque l’écart entre le rêve et la réalité, et qui montre la richesse même de cette réalité et la pauvreté de ce rêve formaté pour une collectivité. Un rêve commun quand un rêve ne peut jamais être qu’individuel.
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Figures de Nieztche et Proust côte à côte... ou presque
Le surhomme était donc une fillette
Le film se dirige donc, avec cette famille, vers l’accomplissement du rêve d’un de ses membres, Olive. La fillette concourt pour le titre de miss, confrontée aux mêmes angoisses que les autres membres de la famille : peur de ne pas être à la hauteur, crainte de ne pas être la meilleure, de ne pas triompher. Mais c’est par elle que justement le dépassement de ce stade psychologique pourra avoir lieu. C’est son épreuve que tous les autres membres de la famille devront assumer avec elle. Le terme du film, et la fin très comique du concours des miss est bien l’occasion de mener le propos quelque part, de montrer une limite éprouvée, reconnue et outrepassée. Je n’entre pas dans le détail de cet dernier épisode pour ne pas gâcher le film, mais tout le jeu autour de ce qui est obscène et ce qui ne l’est pas, en fonction de l’intention du geste, est magistral. C’est dans ces derniers moments du film que s’explicitent le double parrainage jusque là humoristique de Proust et de Nietzsche. Si Franck explique à Dwayne le regard proustien sur le temps perdu et le temps retrouvé, et le statut de looser de Proust faisant de lui finalement un winner (lecture un peu « les derniers seront les premiers » de grand Marcel mais bon…), ce parrainage est plus globale : depuis l’idée de dépasser les clichés, les apparences, tout en livrant des vérités universelles sur les fonctionnement humains, jusqu’à cette idée même que c’est le temps perdu du parcours qui fait le sens du film lui-même, qui en forme la substance. Il ne s’agit pas seulement de discriminer bons et mauvais moments, et de leur attribuer un sens qui en modifie la valeur (principe proustien de retournement des souffrances errances en matériaux pour la transfiguration artistique), mais bien de mettre en scène une succession de délais, de temps perdu jusqu’au point d’arrivée qui revêtent finalement une importance plus grande que le temps passé au but fixé initialement. Little Miss Sunshine se nourrit de ces temps perdus, et la scène finale ne peut prendre sens que si elle devient elle aussi temps perdu. Pour Nietzsche, outre le gag de voir un personnage muet lire Ainsi parlait Zarathoustra, la lecture est plus ambiguë puisque ce mythe du surhomme, si souvent détourné justement dans des modèles de développement individuel dogmatique dont le programme en 9 points constitue un ersatz comique, le motif du dépassement d’un carcan collectif au profit d’un épanouissement autonome et libéré de conventions abstraites est bien le propos tenu par le récit. Mais ce motif se trouve détourné, sur un mode proprement parodique, car nous sommes dans une comédie avant tout, puisque c’est une fillette innocente, et valant par cela, qui fait exploser le système de l’intérieur et ressort de la déflagration aussi pure qu’auparavant. Et grâce à elle, nous spectateurs, ressortons de la séance enjoués, optimistes, hilares et émus à la fois. Petit exploit d’un film qui n’a pas de grandes prétentions mais qui fait plus que remplir son rôle de divertissement intelligent en se montrant fin et sensible.
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And the winner is...
21 novembre 2006
Les fragments d'Antonin
L'histoire
* cinq prénoms inlassablement répétés. Cinq gestes obsessionnels. Cinq moments de guerre. Antonin est revenu des combats sans blessure apparente. La sienne est intime, enfouie. Nous sommes en 1919 et le professeur Labrousse, pionner dans le traitement des traumatismes de guerre, se passionne pour son cas.
Sa méthode, nouvelle et controversée, doit lui faire revivre les moments les plus intenses de sa guerre afin de l'en libérer.
Les personnages
*Antonin (joué par: Gregori Derangère)
Avant la guerre Antonin était instituteur. C'est autour de lui que tourne le film. L'acteur qui joue se rôle est très fort pour tout faire passer par son jeu (je vous autorise a me faire remarquer qu'il en est mieux ainsi puisqu'il parle très peu). Son traumatisme est assez impressionnant surtout quand on sait que lorsqu'il est apparut Antonin n'était déjà plus dans les tranchés. Seul certains moments l'ont particulièrement marqués et ces ceux qu'il revit a travers ses gestes. Gestes qui nous emmènent a des flash back rudement bien emmener et pas trop lourd (l'auteur du film pourrais d'ailleurs rivaliser avec Oda pour la qualité des flash back et la manière de les intégrer au scénario ^__^).
*Madeleine (joué par: Anouk Grinberg)
Cette jeune femme est une alsacienne (donc allemande a l'époque) qui a décidé de devenir infirmière dans la croix rouge française (ce qui lui en coûte son doigt d'ailleurs). Elle n'apparaît pas particulièrement souvent mais a un rôle fondamental pour l'état de santé d'Antonin.
*Professeur Labrousse (joué par: Aurelien Recoing)
Ce médecin représente les psychiatres qui ont tenté de comprendre les traumatismes de guerre et d'imposer des traitements adaptés. Il défend sa cause contre les sceptiques et (dans le film) obtient le statut de mutiler de guerre pour ses patients au grand dam du professeur Lantier.








